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T R A N S  -  S C I S S I O N S

CHINE - HONG KONG - VIÊT-NAM - SINGAPOUR

Programme "l’Envers des Villes" – AFAA / Caisse des Dépôts et Consignation



SOMMAIRE DE L'EXPO
 

PLANCHE 6  - TYPOLOGIES D’AVANT

HUTONG A PEKIN

Le centre ville de Pékin (à l’intérieur du second périphérique) est composé selon la tradition Zhou (Ve  et IIIe siècle avant J. C.) qui préconisait d’édifier une capitale de forme carrée entourée d’une enceinte percée de 3 portes par côté. A l’intérieur ce carré était découpé par 9 routes “ directes ” orientées nord-sud et 9 routes “ transversales ” est-ouest.

Depuis l’édification de Pékin, la typologie d’habitat majoritaire est la maison à cours ou siheyuan. L’orientation propice de ces maisons est l’axe nord-sud avec l’entrée située au sud de la parcelle. Prenant comme base une siheyuan de taille importante, organisée autour d’une succession de cours, résulte une subdivision de la ville en ruelles orientées est-ouest. Ces ruelles larges de quelques mètres sont appelées hutong. Les grandes parcelles, reliant deux hutong, traditionnellement allouées à un seul propriétaire se sont subdivisées par la suite pour permettre l’édification de siheyuan de tailles moyennes et petites. Pour y accéder, un troisième réseau, fait de ruelles ou impasses nord-sud se greffe sur le quartier.
 

Le siheyuan est un ensemble de constructions entouré d’un mur haut et dont les ouvertures donnent sur une cour dite “ intérieure ”. Cette partie privée de l’habitation est séparée du hutong par une deuxième cour, plus petite, appelée “ cour extérieure ”, située au sud. Cette cour contient la porte d’entrée et son mur écran ainsi que des dépendances (2 ou 3 pièces). Dans la cour “ intérieure ”, la maison la plus au nord, ouverte sur le sud est la plus grande. Ce  bâtiment principal de 3 pièces est réservé aux personnes âgées. Le reste de la famille se partage les bâtiments latéraux de chacun 2 pièces.
Les siheyuan organisés autour de plusieurs cours étaient le signe distinctif des familles riches.

Aujourd’hui, la symétrie et la hiérarchisation des espaces ont disparu ou apparaissent sous d’autres formes. Les années difficiles et les guerres ont provoqué une surdensification des habitations. Peu à peu divisées ou partagées, des extensions ont pris place dans les cours. Les siheyuan sont de plus petites tailles et souvent partagées par plusieurs familles.

Lorsque les hutong ne sont pas détruits pour récupérer ces terrains situés dans des zones centrales à fort potentiel foncier, l’ambiance traditionnelle et villageoise des ruelles persiste, rythmée par les marchés, les bavardages entre voisins et les jeux des enfants.
 

LILONG DE SHANGHAI

Dans lilong, “ li ” signifie voisinage et “ long ” indique une ruelle.
Les ruelles d’un lilong desservent en hiérarchisant les espaces, des maisons en bande. Fruit de la spéculation immobilière à Shanghai entre 1880 et 1940, construits par des promoteurs Occidentaux dans les Concessions Française et Internationales, elles sont le mélange d’un style anglo-saxon et de maisons traditionnelles chinoises.
L’interdiction donnée aux Chinois de résider dans les lilong est bientôt levée devant l’afflux de réfugiés arrivant des campagnes et des provinces, fuyant guerres et famines (la population augmentant de 60% tous les 10 ans dans les Concessions entre 1890 et 1930). La mise en lot de terrains par les Occidentaux permet de procurer à la hâte des logements aux familles chinoises. Les lilong furent de plus en plus nombreux, les styles se déclinèrent en une variété d’ornements et d’interprétations de la forme initiale.
La maison d’origine, le shikumen, d’abord en forme de U, de 3 ou 5 travées et d’un étage, s’est bientôt réduite à une travée, et dotée d’un deuxième étage. Mais toujours, l’habitation comporte deux cours : une d’agrément, si possible au sud et une de service, au nord. Les habitations étant traversantes, bordées sur leur face sud et nord d’un accès, chaque ruelle devient à la fois espace d’agrément et de service.
Que ce soit dans la forme la plus évoluée et tardive du lilong comme regroupement de pavillons entourés de jardins ou dans celle plus dense du lilong aux impasses encombrées de bacs pour faire la vaisselle ou la lessive, de plantes en pots, de vélos et de marchandises, à la maison plusieurs fois sous-louée, tous les types de lilong s’organisent selon une hiérarchisation des espaces communautaires.
 

CANTON

De 1757 à 1842, Canton demeura le seul port chinois autorisé à commercer avec les Occidentaux. Suite au Traité de Nankin, à la fin de la première guerre de l’Opium, les étrangers, interdits de pénétrer dans la ville fortifiée, se virent en 1859 octroyer le droit d’occuper l’île de Shamian, au sud de la ville ancienne. De cette période, Canton a hérité nombre de bâtiments coloniaux et une pratique intensive du commerce et des échanges, entretenue par sa proximité avec Hongkong et Macao.
La vieille ville de Canton se décompose en rues plantées, très animées qui délimitent de grands quartiers. De deux ou trois étages, les façades des maisons traditionnelles sont très peu larges, un peu à l’image d’un compartiment chinois. Seuls les maisons situées sur les rues principales comportent des échoppes au rez-de-chaussée. A l’animation commerçante de ces rues, s’oppose la tranquillité qui émane de l’intérieur des quartiers.
Entièrement piétonnes, des ruelles irriguent l’intérieur des îlots vers les habitations. Lieu privilégié des rencontres, des bavardages et des jeux, ces ruelles reflètent l’intimité d’une communauté de voisinage. Les maisons sont composées d’une pièce de réception au rez-de-chaussée et de pièces privées donnant souvent sur un balcon à l’étage. Une grande porte de bois à plusieurs types de battants, utilisés pour fermer le logement, ventiler ou maintenir une certaine intimité, sépare la pièce principale de la ruelle. De nombreuses extensions se sont greffées sur les habitations.

Le futur de ces quartiers en centre ville est bien souvent la table rase imposée par la spéculation foncière. De grandes tours placées sur des podiums commerciaux remplacent d’un seul bloc, l’entièreté d’un ensemble de petites maisons, balayant d’un coup ses rues piétonnes et labyrinthiques, sa verdure qui protège des étés chauds.
 

SHOPHOUSE ET TOWNHOUSE DE SINGAPOUR

“ Nous employons l’expression de compartiment chinois dans un sens délibérément restrictif : elle désigne ici des constructions en maçonnerie, mitoyennes, développées en bordure des voies sur des parcelles oblongues – la façade, parfois agrémentée d’une galerie couverte continue le long de la rue, excède rarement 4.20 mètres – et s’élevant sur deux ou trois niveaux : le rez-de-chaussée, largement ouvert sur la rue, accueille les activités commerciales et artisanales, les étages servant de lieux d’habitation pour les familles de négociants, éventuellement aussi pour  leurs employés (d’où la désignation anglaise de shophouse). Cette définition exclut donc, d’une part les maisons de ville et pavillons en bande (townhouses, terrace houses) développés selon le même principe de découpage et sous des formes apparentées, mais répondant à des usages exclusivement résidentiels […] ; d’autre part, les formes d’habitat collectif développés – surtout à partir des années 1950 – sur la même trame, mais dans des opérations de plus grande envergure, portant sur des immeubles de cinq niveaux ou plus, qui, bien qu’intégrant les fonctions résidentielle et commerciales, dissocient de fait activité et statut résidentiel. Nous nous en tenons, en outre, aux édifices effectivement associés à la présence chinoise, bien que ce type urbain ait pu concerner d’autres communautés au sein de la ville marchande ”.
Charles Goldblum, “ Le Compartiment Chinois ou le Passé Composé – facettes et enjeux de la requalification du centre ancien à Singapour”, in Les Annales de la Recherche Urbaine, n° 72 Patrimoine et Modernité, Plan urbain, septembre 1996, pp.68-78.

“ A travers le compartiment chinois, c’est alors une version première de la ville moderne qui affirme son emprise : ville compacte en maçonnerie, aux usages mixtes, fortement articulée sur le réseau viaire et essentiellement sino-coloniale quant à ses modes de fabrication, comme en témoigne le style composite de ses édifices ”. “ Il deviendra la caractéristique des Chinatowns de l’ère coloniale dans  une large partie de l’Asie du Sud-Est urbaine, puis – comme effet de retour – constituera le modèle de référence pour les résidences détachées de l’activité commerciale (townhouses) […] ”. Charles Goldblum, “ Le Compartiment Chinois ou le Passé Composé – facettes et enjeux de la requalification du centre ancien à Singapour”, in Les Annales de la Recherche Urbaine, n° 72 Patrimoine et Modernité, Plan urbain, septembre 1996, pp.68-78.

Les compartiments chinois de Chinatown, détruits partiellement au milieu des années 60 ont peu à peu fait l’objet d’une politique de conservation. Ainsi aujourd’hui, lorsqu’ils ne font pas place à de grandes opérations de logements ou de bureaux, ils sont rénovés. Si quelques uns ont gardé l’esprit d’une fusion commerciale et résidentielle,  d’autres ont été soit réhabilités en bureaux, soit en logements, abandonnant l’âme et l’animation liées à la mixité originelle.


COMPARTIMENT CHINOIS A HANOI

Les deux quartiers principaux du centre ville sont le quartier traditionnel des 36 rues et le quartier colonial construit sous l’occupation française. Dans le quartier des 36 rues se trouve la forme originelle des compartiments chinois. Le compartiment chinois est une maison peu large (4 mètres environ) et très longue (jusqu’à 50 mètres), composée d’une boutique ouvrant sur la rue, du logement des propriétaires et d’espaces de stockage. Les compartiments, mitoyens, sont alignés le long de rues qui portent à Hanoi des noms de métiers ou de productions locales.
Premièrement construit sur un niveau, le compartiment est composé d’une succession d’espaces bâtis, séparés par des cours intérieures. Les différents mouvements qui ont secoué le pays ont provoqué une densification du bâti, se traduisant par la construction d’extensions et une division des logements. Que ce soit pour les compartiments chinois, les maisons coloniales ou les logements sociaux de la périphérie, les habitations peuvent accueillir aujourd’hui plusieurs dizaines de familles.
Le rez-de-chaussée d’un compartiment est transparent et transpirant. Un simple meuble peut délimiter l’espace familiale de l’espace publique. La séparation coupante d’un mur opaque n’est pas forcément plus utile qu’une séparation visuelle pour acquérir son intimité. Au même titre que la cour, le couloir d’entrée,  les trottoirs de Hanoi encombrés de moto ou de marchandises, deviennent souvent par extension, un espace privé, où l’on peut, grâce aux points d’eau, accomplir quelques tâches ménagères.
Comme toutes les villes asiatiques, Hanoi se transforme, mais sa particularité, outre quelques opérations, est de respecter sa trame urbaine. Que ce soit les “ mini-hôtels ” ou de nouvelles maisons, le nouveau bâtiment, après destruction du vieux compartiment, conservera la même trame parcellaire, tout en gagnant quelques niveaux. De cette transformation en douceur, naît de nouveaux exemples architecturaux sans pour autant détruire l’ambiance des anciens quartiers.
La densification et la mixité fonctionnelle se retrouvent paradoxalement dans les quartiers périphériques, où des barres de logements sociaux ont été construites sans équipements, verticalisant les modes de vie. S’appropriant peu à peu extérieur par greffes d’espaces en surplomb, les façades s’épaississent peu à peu. Lorsque le locataire du rez-de-chaussée décide de “ durcir ” son extension, ceux de la même trame font de même pour les leurs, s’appuyant sur la construction du voisin du dessous, rajoutant balcons, pièces de réception ou chambre, libérant ainsi l’espace nécessaire pour une cuisine ou une salle de bain inexistante.
De manière similaire, les espaces résiduels situées entre les barres, sont elles aussi densifiées par l’ajout successif d’équipements souvent fait de matériaux légers. Marchés écoles, restaurants, coiffeurs, …récréés alors une atmosphère de centre ville traditionnel dans un espace à l’origine stérile.
 

Elisabeth Pacot: elisaco@wanadoo.fr

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