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T R A N S  -  S C I S S I O N S

CHINE - HONG KONG - VIÊT-NAM - SINGAPOUR

Programme "l’Envers des Villes" – AFAA / Caisse des Dépôts et Consignation





SOMMAIRE DE L'EXPO
 

PLANCHE 5  - LE PODIUM… UN NOUVEAU MODELE POUR L’ASIE ?

1ère géneration de podium à Hongkong

Les podiums de la première génération sont des bâtiments d’un niveau abritant des parkings. Les toitures plates des podiums, parfois paysagées, bordées de commerces ou non, sont reliées entre elles par des passerelles piétonnes élevées et deviennent des places publiques.
 Construits sur de grandes parcelles, les podiums autour desquels s’articulent des équipements (écoles, cliniques, espaces communautaires) sont la colonne vertébrale d’un ensemble résidentiel.

Les podiums de la première génération sont le résultat de mesures d’urgence et de mise en place d’une urbanisation à l’échelle du territoire.
Vivre à Hongkong dans les années 50 signifiait pour une très grande partie vivre dans des bidonvilles puis des immeubles de relogement dont toutes les commodités – toilettes, cuisines – étaient partagées, sans services de ramassage d’ordures, sans commerces et sans équipements. Le podium des villes nouvelles, par sa fonction, est une réponse formelle aux manques de mixité générés dans les immeubles de relogement.
L’introduction à Hongkong, dans les années 60, du concept américain  de zonage mono-fonctionnel a été un échec (non-engagement financier, urbanisme coûteux en espace, non respect des habitudes socio-culturelles). Ceci démontra qu’une forme de contrôle approximatif d’un zonage multi-fonctionnel devait être employée pour maîtriser le développement de la ville et répondre à un besoin de pluri-fonctionnalité commerciale/résidentielle.
Les problèmes liés au manque d’équipements ont été reconnus dans le Colony Outline Plan de 1969 qui préconisait un développement urbain basé sur le concept d’ «une  ville dans la ville».
Les villes nouvelles s’implantant sur des sites pratiquement vierges, le fait de réquisitionner ou de créer, par poldérisation, de larges parcelles ; le doute des objectifs de population pour lesquelles elles étaient destinées ; les problèmes de phasage, ont contribués à l’aménagement d’ensembles pluri-fonctionnels et autonomes. La valeur des terrains urbanisés a donc encouragé cette mixité sur un seul et même site.
Le découpage «économique» de la ville générait de trop grandes parcelles pour superposer les déplacements des piétons à ceux des véhicules. S’orientant vers une séparation piétons/véhicules, la toiture du podium était alors, une place toute trouvée, pour palier à de trop longs déplacements.
 
 

2ème génération de podium à Hongkong

Le podium de la deuxième génération introduit une hiérarchisation de l’espace public et une stratification fonctionnelle.

Contrairement aux podiums de la première génération placés ici et là dans la composition, les podiums de la deuxième génération occupent la totalité d’une parcelle, plus petite et de taille variable, elle-même ceinturée d’une voie de circulation. La ville faite de ces podiums n’est pas une ville où chaque zone aurait une fonction particulière. Pour des raisons d’exploitation des terrains, le découpage fonctionnel se fait verticalement, par strates de deux niveaux, homogènes, contenant parkings et/ou commerces.
Le phasage des opérations, la densité de population envisagée et la possibilité de construire la totalité de la parcelle sur deux étages permet d’introduire des commerces et des parkings nécessaires aux besoins des habitants de l’ensemble résidentiel, ainsi qu’à ceux de la ville, lorsque des connexions existent entre les différents podiums. C’est aussi grâce à cette compacité et cette haute densité de construction autorisée qu’il est possible de gagner des espaces ouverts au pied des tours pouvant être aménagés en jardin.
 Une hiérarchisation des espaces publics se produit donc naturellement : l’espace au sol est un espace de déplacement des véhicules (voiture, transports en communs ou vélos sur les nombreuses pistes cyclables ) et des piétons lorsque sont aménagés parcs et jardins ; la circulation au R+1 devient (dans le cas du centre ville) la circulation piétonne principale (et commerçante), celle qui irrigue la ville ; quant à l’utilisation des toitures des podiums, elle devient, de fait, plus, résidentielle.
Pour contrer ou équilibrer l’espace public compact créé par le podium, les urbanistes prévoient au sol, des compositions urbaines paysagères. Ils mettent en concurrence deux espaces de proximité : celui des passerelles piétonnières du niveau R+1 appartenant au podium avec celui des zones paysagères publiques au rez-de-chaussée et résidentielles au R+2.
 
 

3ème génération de podiums à Hongkong

Les podiums de cette génération sont aujourd’hui les plus courants de Hongkong.
Le podium est plus haut, plus grand et contient majoritairement des fonctions commerciales. L’espace public se trouve intériorisé dans ces podiums étanches à l’extérieur et climatisés. Parfois reliés entre eux à l’aide de passerelles (fermées ou non), leurs toitures devenues privées, si elles sont paysagées, comportent toutes sortes d’activités de “ bien-être ” réservées aux habitants  des tours.

Les villes nouvelles qui se construisent aujourd’hui à Hongkong prennent exemple sur Ma On Shan et forment des “ villes-autoroutes ” dont les grandes parcelles sont construites de podiums toujours plus hauts, indépendants et parfois infranchissables, créant une stratification des espaces toujours plus importante. Par leur composition et l’aménagement de leurs toitures, ils représentent l’espace de “ liberté ” des promoteurs et celui de service des résidents. Ils sont la strate fonctionnelle des aménagements immobiliers.

Le podium a, en fait, transposé et adapté un mode de vie qui existait auparavant dans le vieux Hongkong : densité, congestion, vie commerciale très intense sur un minimum de surface. La fonction est identique ; c’est sa forme et son intériorité qui modifient les sensations. Si cette solution peut être intéressante lorsqu’il se greffe sur les structures existantes dans le quartier de Central, il faut reconnaître que la rigidité de Ma On Shan impressionne par son gigantisme.

 L’introduction de quotas d’espaces verts dans la composition des villes nouvelles a été une étape importante pour l’amélioration du bien-être des habitants, mais la fragmentation des espaces publics dans les derniers podiums, essentiellement guidés par la fonction commerciale et la rentabilité peut être une entrave à la variété des déplacements.
Les lois permettant une augmentation de COS, obtenue par les promoteurs lorsqu’ils construisent des passerelles rendent plus facile le déplacement des piétons qui sont, dans le cas contraire, obligés de longer de grandes voies. Même s’il est fait publicité des espaces verts dans les nouvelles villes, le déplacement est tellement contraint par ces immenses blocs, que représentent les podiums, et restreint, par le découpage parcellaire, que le cheminement dans la ville devient très monotone.
Il semble que les hongkongais se satisfassent de ce type de ville car dans les temps présents, elle symbolise la modernité, l’efficacité, l’individualité et le haut standing mais à l’avenir, que deviendra la Ville si elle n’est composée que de ces immenses blocs insulaires ?

La vitalité et le gain d’espace public ouvert que formait cette grande passerelle piétonne traversant Sha Tin, ne semble plus se retrouver dans les projets récents. Si le podium permet par sa densité et sa mixité de résoudre des problèmes de rareté et de rentabilité des terrains, il faudrait être vigilant sur l’évolution de cette forme urbaine qui offre de spectaculaires contrastes avec la forme urbaine traditionnelle, pour ne pas perdre les avantages qu’elle a pu apporter.
La stratification verticale des équipements dans le podium apporte de nombreux avantages aux habitants et travailleurs des tours mais l’enjeu est de conserver la vitalité et la richesse d’une rue et de ses séquences horizontales pour l’ensemble des habitants d’une ville.
Le podium doit être pratique mais vivant, dans sa surface comme dans ses entrailles.
 
 

Elisabeth Pacot: elisaco@wanadoo.fr

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