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T R A N S  -  S C I S S I O N S

CHINE - HONG KONG - VIÊT-NAM - SINGAPOUR

Programme "l’Envers des Villes" – AFAA / Caisse des Dépôts et Consignation





SOMMAIRE DE L'EXPO
 

PLANCHE 3  - SCISSIONS …DANS LA RUE

COMMERCER

…. AVANT
Dans les quartiers traditionnels, le commerce tient une place majeure au sein des activités liées à la rue. A Hanoi, dans le quartier des 36 rues,  les métiers sont groupés par rues, issus du rassemblement par guildes de familles  provenant d’un même village. Si celles-ci disposent d’une boutique (faisant partie du logement dans le cas des compartiments chinois du Viêt-Nam et de Singapour),    d’autres au contraire, marchands ambulants, ont pour espace de vente un bout de trottoir, d’étal sur un marché, leurs vélos ou leurs épaules, transportant leurs marchandises à bout de palanche.
C’est de cette juxtaposition de boutiques ouvertes sur la rue et des marchands ambulants, par le biais de ces échanges de produits ou de services que naissent l’animation et les rencontres.

… AUJOURD’HUI
Les lilong de Shanghai, détruits les uns après les autres, sont remplacés par des tours de bureaux ou des centres commerciaux. De nouvelles empreintes «carte de visite» se posent dans la ville. Ces géants de plus de vingt étages côtoient les anciens îlots qui ne dépassent pas deux niveaux. La ville se reconstruit sur elle-même, mais aux changements brutaux d’échelle et d’affectation, résistent parfois, les habitudes d’un ancien marché.
Les nouveaux espaces commerciaux se classent sous deux formes :
- les centres commerciaux sont des espaces que l’on fréquente occasionnellement, pour voir et se balader. Ils recèlent de  boutiques de luxe (souvent de marques  internationales), d’accessoires, de vêtements,  d’électro-ménager, de food centre et de fast food. Seuls quelques pharmacies chinoises, la nature des matériaux ou de l’éclairage, nous donnent à penser que nous ne sommes pas à New York, Paris ou Tokyo;
- dans un autre registre, celui du quotidien, certains podiums de Singapour  et de Hongkong, sont aménagés d’espaces commerciaux de proximité, principalement  à l’usage des habitants des tours situées au-dessus de ceux-ci.  Epiceries, quincaillerie mais aussi crèches, écoles ou centres communautaires,  transforment ces blocs, dont les circulations sont extérieures, en rue surélevée, déclinant sous un nouveau type,  l’ambiance sensorielle des rues traditionnelles.
 

SE RENCONTRER

…. AVANT
L’exemple de Hongkong est particulier : chaque dimanche à Central, quelques avenues sont interdites à la circulation pour permettre aux philippines de se réunir. Sur un bout de chaussée, elles dévoilent leurs nouveaux achats à leurs amies, déjeunent et échangent des nouvelles.
Il existe une récurrence dans les différentes typologies urbaines des villes chinoises: la hiérarchisation des espaces de circulation piétonne et donc de l’espace public et privé.
Que ce soit dans les hutong de Pékin, les lilong de Shanghai ou dans les quartiers du centre de Canton, les rues encombrées ceinturant les îlots se transforment petit à petit en allées où seuls les vélos et les piétons y sont admis. De cette transition découle différents types d’appropriation de l’espace. Une ruelle d’un lilong peut revêtir un caractère privé aux yeux d’un étranger alors qu’elle est un lieu public pour le voisinage. L’exiguïté des logements s’ajoute à cette hiérarchisation de l’espace public, transposant les lieux de rencontres, de jeux, et de communication, à l’extérieur, dans la ruelle ou l’allée.

… AUJOURD’HUI
« ...La vie des petites rues côtoie le sentiment de mort qui se dégage des grandes avenues. Ces grandes artères n’irriguent plus la vie comme autrefois. Plus de petites boutiques mais du marbre en grande quantité, du granit rose, pierres tombales de la société traditionnelle chinoise. E.PACOT - Shanghai - 23/12/98 »
« ...Société malléable aveuglée par un style ou un modèle ? Le but ne devrait pas être le décor mais bien celui de créer une société, une communauté. Dans ces ruelles de lilong, les gens sont calmes, nous sourient et nous disent bonjour. Les anciens s’organisent pour se réunir dans les ruelles, papoter, jouer au Mah-jong ; l’enfant unique auquel tout est permis, est surprotégé, adulé, gavé en permanence. A côté de cela, certains automobilistes hésitent à s’arrêter lorsqu’un gamin ou une grand-mère traverse. Cette dualité entre la force de la communauté, le respect familial et l’individualisme le plus fort nous surprend à chaque minute. Quel mélange incompréhensible pour parier sur l’avenir !  E.PACOT - Shanghai - 23/12/98 »

De nombreux quartiers sont  rasés pour l’aménagement de grandes places publiques, la construction de  centres commerciaux, d’immeubles de bureaux ou de logements de haut standing. Il n’est plus question de transition, d’unité de voisinage mais de consommation, de stratification verticale et d’uniformisation. L’espace privé a de plus en plus de mal à transpirer et à rentrer en osmose avec l’extérieur.
Par leur échelle, ces  projets détrônent, petit à petit, la rue dans son rôle de lieu d’échanges et de lien social.
 

CIRCULER

…. AVANT
Territoire des deux roues et des piétons, la rue est à la fois synthèse et vecteur de la vie asiatique.

… AUJOURD’HUI
Les espaces publics s’intériorisent, les routes se spécialisent, se fragmentent: abords aménagés pour les vélos, avenues interdites aux cyclo-pousses, voies réservées aux transports publics.
Devant l’augmentation exponentielle des voitures particulières, les espaces de circulations se dédoublent en expressway surélevées. A l’usage exclusif de la mobilité, la rue se désolidarise du trottoir et lui retire sa vie.

Elisabeth Pacot: elisaco@wanadoo.fr

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