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T R A N S  -  S C I S S I O N S

CHINE - HONG KONG - VIÊT-NAM - SINGAPOUR

Programme "l’Envers des Villes" – AFAA / Caisse des Dépôts et Consignation



SOMMAIRE DE L'EXPO
 
 

PLANCHE 2  - SCISSIONS…AU QUOTIDIEN

SECHER LE LINGE
…. AVANT
Dans les îlots traditionnels, seuls circulent les piétons et les vélos. C’est un endroit privilégié pour se réunir, pour transposer l’intimité de l’espace intérieur, vers l’extérieur.
Dans les quartiers du vieux Shanghai ou dans les quartiers de Pudong de l’autre côté de la rivière Huangpu, les nouvelles tours côtoient les signes d’un mode de vie qui résiste.

… AUJOURD’HUI
Des emplacements peuvent être prévus en façade pour y placer, vers l’extérieur, des tiges en plastique, remplaçant le bambou, sur lesquelles le linge sèche.
Que ce soit à Hongkong ou à Pékin, les nouveaux quartiers s’enorgueillissent d’immeubles équipés de climatisation. Rien ne doit dépasser des façades lisses. Cependant, lorsqu’un balcon réapparaît, l’espace extérieur est à nouveau réinvestit par cette pratique courante de faire sécher son linge à l’air libre.

DORMIR
…. AVANT
Parce qu’on cumule les petits boulots, qu’on vient de loin pour vendre ses marchandises ou tout simplement parce qu’il n’y a rien à faire, l’attente se transforme souvent en sommeil. Ce coin de trottoir, occupé quotidiennement devient alors un endroit privé. Le coin de la table et les cartons sont durs mais la fatigue ou l’envie de se laisser  aller l’emportent peu à peu.

AUJOURD’HUI
L’envie de somnoler est toujours présente mais le décor a changé. La rue est  une allée de centre commercial, couverte et climatisée.
 

MANGER

…. AVANT
En Asie, manger est une occupation de tous les instants. Seul ou entre amis, on mange très souvent «dehors». Du petit déjeuner au repas pris sur le bord de la route ou dans une gare routière, il existe quantité de lieux de restauration. Au Viêt-Nam, l’espace peut simplement être délimité par un petit tabouret et une table basse. Une spécialité de soupe ou simplement un thé peut vous être servi. En Chine, l’espace de restauration est plus formel mais les tables sont souvent à l’extérieur du restaurant même par grand froid. A Singapour, le règlement d’urbanisme imposait la construction d’arcades. Dans ce pays de grandes chaleurs, elles apportent l’ombre, la sensation de fraîcheur et la protection contre les pluies torrentielles.

… AUJOURD’HUI
Les restaurants tiennent une grande place dans les centres commerciaux. Climatisés, aseptisés, designés, c’est le décor qui tient lieu d’image de marque bien avant l’adresse ou le talent du cuisinier.

« ...Les enfants chinois semblent sur-choyés. Ceux qu’on appelle “ les enfants rois ”, conséquence de la politique de l’enfant unique, se retrouvent dans les restaurants, avec leurs mamans, leurs grands-parents. Toutes sortes de plats leurs sont servis. Du Mac Do au boui-boui du quartier (mais surtout le Mac Do…), les parents les regardent avec inquiétude lorsqu’ils ne mangent pas assez et avec tendresse lorsqu’ils jouent au roi turbulent.  Pékin  - 11/12/98 »
« ...Pendant la pause, à l’entrée du chantier gardé par des hommes en uniformes kakis, je suis surprise par le regard de ceux qui sont accroupis sur leurs talons  pour manger leurs soupes, vendues par une cantine ambulante. Condition de vie de “ maillon ” dans l’interminable chaîne humaine?  E. PACOT - Pékin - 12/12/98 »
« ...Nous ressortons vers 18 heures. Une brume de froid enveloppe tout. Le long d’une grande artère, sont alignées le long d’un côté du bloc, de petites échoppes de même dimension. C’est le marché de nuit. Nous ne comprenons pas toutes les origines des plats proposés (nous regardons de plus près  les brochettes de “ vers à soie ” et de scorpions) mais quantité de soupes salées et sucrées, brochettes de viandes, de légumes invitent les consommateurs. Il y a une foule impressionnante. Les gargotes peintes d’un bleu clair sont éclairées au néon tandis que la foule tantôt mouvante, tantôt immobile tenant dans ses mains soupes et brochette, se trouve comme une masse noire recouverte du froid. La vapeur s’échappe des grands woks, des tôles trouées, placées sur de l’eau bouillante permet de maintenir au chaud les bols déjà prêts. Après consommation, les bols sont rassemblés dans des cageots au milieu de la foule pour être lavés. Des poubelles jalonnent le parcours et un chinois balaie constamment. Quelques touristes, en groupe, mangent leurs brochettes au milieu de cette foule dense de chinois de toutes conditions. Les vendeurs interpellent les passants avec l’accent guttural de Pékin, tous les prix sont affichés. Idée géniale : un marché parallèle, informel se développe autour de cette animation : des vendeurs de kleenex, pour s’essuyer les mains. L’animation de ce marché renvoi <définitivement l’image austère de cette tombe de centre commercial en granit rose qui fait le coin de rue. Cohabitation et contraste de ce marché animé avec la rigueur du Mac’Do, de Pizza Hut et autres Délifrance. Finalement le centre commercial semble déserté ce soir. Pékin - 13/12/98 »
« ...Le quartier où je me sens le mieux est le quartier musulman. Ici, se côtoient les vieilles maisons en briques et en bois et les commerces de petites choses. Il y a énormément de petits restaurants où les Chinois mangent deux bols de soupes de nouilles épicées alors que nous n’arrivons à en manger qu’un demi. Parfois ils choisissent quantité de plats et semblent ne repartir la tête haute que lorsqu’ils en laissent beaucoup dans leur assiettes. Réaction à la privation des jours anciens ? Signe extérieur de richesse ? E. PACOT -  Xian -  16/12/98 »
« ...Les raviolis s ont de petites boules de pâte, abaissées à l’aide de deux baguettes. L’un roule la pâte, l’autre les farcit de viande et d’herbes puis les referme.
Les pâtes “ cheveux d’ange ” sont faites à partir d’un morceau rectangulaire. Le cuisinier le prend dans ses mains, l’étire, le replie, le retend en le faisant onduler, le tout quatre ou cinq fois pour enfin jeter l’écheveau de nouilles dans la marmite couverte de vapeur. Il est seul capable de s’y retrouver entre ses raviolis et ses nouilles jetés à vitesse fulgurante dans ce nuage de vapeur. Ensuite il aligne de grands bols, y place nouilles ou raviolis, rajoute du bouillon, des condiments, des sauces, des herbes. On trouve toujours à boire des boissons gazeuses ou du thé dans les gargotes mais bien souvent c’est l’eau de cuisson des nouilles qui est servi. Étonnés, nous avons vite compris son intérêt : son goût calme les épices du bouillons. Dans notre boui-boui préféré, nous sommes les seuls clients à cette heure de l’après-midi et ils sont cinq à préparer les nouilles. E. PACOT - Xian 16/12/98 »
« ...Sur la place du village, il y a de petits restaurants tenus par des femmes. Chacune à sa spécialité. Chaque soir, elles amènent leurs petits bancs, leur ampoule, leurs gamelles. La table, elle, reste là toute la journée. Parents et enfants, s’assoient  pour y prendre leur dîner, toujours dehors, toujours dans le froid. E. PACOT - Yangshuo 11/01/99 »
 

CUISINER
…. AVANT
Au Viet-Nam, que ce soit pour le commerce ou pour soi-même, l’espace de préparation des repas se trouve bien souvent sur le trottoir près des points d’eau. A Xian, ce sont les batteries de cuisine des restaurants qui sont posées sur le trottoir. L’adresse du cuisinier pour confectionner les nouilles ou à faire revenir ses légumes, s’affiche au yeux de tous comme une publicité.

… AUJOURD’HUI
Le restaurant de rue est effacé. La rue est dégagée des marmites, des colporteurs, des odeurs et de sa vie.

Elisabeth Pacot: elisaco@wanadoo.fr

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