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Kyoto – 2 Décembre 1998 – Jardin zen de Ryoanji Temple

jardin zen de Ryoanji TempleUne déception cependant. Le jardin zen de Ryoanji Temple considéré comme la plus parfaite illustration de la mise en scène minérale de ce genre. Ma connaissance du Japon traditionnel s’était construite lors de mes cours d’Arts Plastiques à l’école d’architecture avec Béatrice Casadesus. Elle m’avait conseillée deux chefs-d’œuvre de littérature japonaise : «Notes de Chevet» de Sei Shonagon et «L’Éloge de l’Ombre» de Tanizaki Junichiro. Si l’un découvre les fastes d’une cour, les descriptions des choix de kimonos en fonction du temps et des saisons, l’autre explique l’attachement d’un japonais à l’architecture de son pays, décrivant toutes particularités de ce culte du beau et du simple, du jardin aux toilettes d’une maison. Suite à ces lectures, j’avais entendu parler de ce jardin zen. Sur un lit de sable blanc ratissé, quinze pierres de différentes tailles sont disposées de manière à n’en voir que quatorze d’un coup d’œil. Quelle douce idée ! Je m’imaginais de grandes pierres, du sable, mais aussi de la végétation. Je m’imaginais surtout que l’on puisse tourner autour de ce jardin puisque le but était de le découvrir au fil d’une promenade. Finalement, le jardin est un espace au pied d’un temple, occupant tout un coté de celui-ci. Il est bordé d’un très beau mur en terre sur ces trois côtés. De fait, la découverte n’est possible que sur un côté du temple. Au lieu des grandes pierres, je n’ai vu de petits rochers, censés symboliser des îles sur la mer. Aucune touche de vert. Les arbres, pins et érable, ne se trouvent que de l’autre côté du mur. Déçue.

 
coursive de boisCependant, la magie japonaise m’a encore envoûtée. Le temple, rectangulaire, comporte un accès par l’ouest, le jardin zen au sud. Il aurait été indécent de traiter les côtés ouest et nord d’une manière quelque peu …identique. Au lieu de cela, l’ouest abrite un très beau jardin de mousse, et le nord cette fameuse alcôve dont j’ai parlé avant où nos visages se sont embrasés des couleurs de l’érable. Le temple pourrait être un espace simple, une grande pièce si il n’y avait tout ce jeu de cloisons coulissantes, mettant en valeur telle ou telle partie du jardin. L’espace extérieur de la coursive, est dans le prolongement de l’espace intérieur mais en surplomb par rapport au jardin. L’espace bâti à le même langage sur chacun de ces quatre côtés, mais la nature est transformée en tableau, s’adaptant et valorisant chaque façade, chaque configuration de terrain. Qu’il devient rabat-joie de vouloir traiter des espaces extérieurs comme un tout unique et immuable, où tout est aplani, taillé. Finalement, le jardin japonais est une version « zen » du jardin anglais.
Au Pavillon d’or, la lumière était grise comme le ciel. Cependant, sur l’étang, toutes les tonalités de verts prenaient soudain du relief avec les touches incandescentes des érables.

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